La Libre.be - Arnaud de Partz: "Tout le monde rêve d'avoir un original de Franquin !"
Dominique Simonet
Publié le 11-06-2025 à 10h04
Certains font leurs débuts rock ou jazz dans leur garage; Arnaud de Partz a fait de même, avant de lancer Banque Dessinée dans une salle paroissiale d'ixelles. C'était en 2005, soit sept ou huit ans avant que n'explose le marché des albums de bande dessinée, et surtout celui des planches originales. Devenue entre-temps AZ Auction, à mesure que le cercle d'activités s'élargissait, Banque Dessinée célèbre ses vingt ans avec une vente prestigieuse de quelque 700 lots.
"À l'époque, comme étudiant, j'avais deux jobs", se souvient Arnaud de Partz, "'un dans une station d' essence, l'autre comme voiturier à la maison de ventes Vanderkindere". Pompiste, il a acheté une belle collection de bandes dessinées à un particulier. "Ça m'a coûté très cher ! Plein de BD avaient de la valeur, et comme je ne suis trop attaché aux éditions originales, j'en ai revendu pour acheter des albums neufs".
Une place à prendre
Voiturier, pompiste, il aurait pu aboutir dans le secteur de l'automobile comme son père Yves, mais Arnaud de Partz, fin observateur du secteur des ventes, se rend compte qu'en Belgique, "personne n'est spécialisé en bande dessinée". Associé à Henri Moretus Plantin de Boechout, il lance la maison Banque Dessinée en 2005. "On en est à la 74e vente cataloguée", sourit-il.
Louer la salle paroissiale Laeticia à Ixelles, cétait bien au début. En 2011, la société achète un bâtiment aux allures industrielles à l'avenue des Casernes à Etterbeek. Totalement rénové, avec un bel espace d'exposition, le lieu acueille les ventes depuis 2012.
"Au début, je pensais que ce marché avait de l'avenir, mais je n'en étais pas sûr", se rappelle Arnaud de Partz. Force est de constater qu'il a eu du flair car, depuis 2005, le marché de la BD à très fort augmenté. "Il fallait acheter tout ce qu'on pouvait entre 2012 et 2015. Les prix ont très fort grimpé entre 2013 et 2018". Puis, certains ont baissé: "La grande différence, c'est que les choses en état moyen ont fortement diminué, mais les objets de qualité ont explosé".
L'état neuf le plus prisé
La manière de collectionner a, elle aussi, évolué. "Dans les années quatre-vingt et nonante, le but du collectionneur était d'avoir tous les albums en édition originale. L'état neuf n'était que 20% plus cher que le moyen. Aujourd'hui, un état moyen, même en édition originale, vaut une vingtaine d'euros, un état neuf cinquante fois plus !".
Très peu considérées auparavant, les planches originales ont commencé à devenir un marché fin des années 70, début 80. "À ce moment-là, tout le monde s'est focalisé sur certains auteurs comme Hergé, Morris, Franquin, Giraud, Peyo", décrypte Michaël Deneyer, expert en originaux chez AZ Auction. "Depuis une dizaine d'années, toutes les petites séries des années 70-80 comme Sophie, Bobo, les Krostons, ont pris beaucoup de valeur".
Récemment, une couverture de Sophie par Jidéhem, estimée entre 4 et 5000 euros, a fait 22 000 euros.
Nostalgie à vendre
"On vend de la nostalgie!" lance Arnaud de Partz, "les jeunes qui avaient 10 ans en 1970 en ont 65 maintenant, et certains ont des sous". Résultat, "à part Hergé, tout ce qui est avant-guerre ne vaut plus rien. De génération en génération, certaines choses montent, d'autres descendent", analyse-t-il. C'est comme ça qu'on a vu les séries Thorgal, Xil ou Largo Winch prendre de la valeur récemment. Mais, bien sûr, "tout le monde rêve d'avoir un original de Franquin !".
Comme dans les autres secteurs des ventes aux enchères, l'arrivée de l'Internet a changé la donne : "Les gens ne se déplacent plus", déplore Michaël Deneyer. Auparavant, il pouvait y avoir plus de deux cents personnes en salle de vente. "Maintenant, c'est tout juste si l'on en a cent en salle. Par contre, lors de la derière vente, il y avait neuf cents inscrits derrière leur écran. Au total, ça fait beaucoup plus de monde", relève Arnaud de Partz. "Et je conseille de venir voir les pièces avant d'acheter, cela donne toujours une meilleure idée".
Faux et usage de faux
Les ventes en ligne sont "plus petites" et concernent "de plus petites pièces de moindre qualité". Quant à la concurrence d'un site de vente comme Catawiki, avec des commissions bien inférieures à celles des salles spécialisées, elle est balayée d'un revers de main : "L'expert ne voit jamais l'objet, il travaille sur photo, ça n'a aucun sens!"
Cela ouvre la porte du marché aux faussaires, nombreux en BD comme dans tout domaine de collection. Les faux concernent parfois les planches, mais surtout les dédicaces et les illustrations "car, n'étant pas publiées, on ne peut pas vérifier leur authenticité". Il paraît que la Belgique n'a pas très bonne réputation au niveau des faux.
C'est pour cela que, suivant l'exemple français, "nous garantissons l'authenticité de tout ce que nous vendons", affirme Arnaud de Partz. "Au besoin, nous reprenons tout jusqu'à cinq ans après la vente".